Clairvoyantes est une œuvre littéraire unique à la croisée du jeu de tarot, du livre et des arts visuels. L’oracle littéraire se décline en une version papier et une version numérique. Il s’agit d’un des projets d’Alea, le laboratoire éditorial de la maison d’édition Alto. L’œuvre met de l’avant le travail de quinze autrices québécoises, dont Audrée Wilhelmy, directrice et idéatrice du projet, ainsi que celui de la photographe Justine Latour, qui a collaboré avec Yona van Leeuwenkamp. C’est un jeu invitant à s’approprier les histoires pour « observer sous un nouvel angle les défis, les rêves, les relations et les projets qui animent notre quotidien ».

Qu’on préfère [la facette] divinatoire ou narrative, pour moi, l’une n’empêche pas l’autre. »

– Audrée Wilhelmy dans une entrevue avec Le Soleil numérique

© Images de la maison d’édition Alto

Version papier

Clairvoyantes prend la forme d’un boîtier dans lequel se trouve quarante-cinq cartes et un livret, divisés en trois domaines : les figures, les lieux, les objets. Le principe est le suivant : les lecteur.ices doivent poser une question, tirer une carte dans chacune des sections et lire les microrécits qui leur sont associés dans le livret. Ce dernier comprend des textes « oniriques, surréalistes et féministes » sur la page de droite et des interprétations, textes explicatifs et réflexifs sur la page de gauche, rappelant ceux dans les oracles traditionnels. Il a aussi été créé pour être lu de manière aléatoire selon les cartes pigées par les participant.es.


Chaque autrice a écrit un microrécit et une interprétation pour chacune des trois catégories. Les lecteur.ices peuvent ainsi s’amuser à deviner qui a composé le texte sur la carte qu’ils ont tirée et valider leur réponse aux dernières pages du livret. Ils ou elles peuvent également refuser d’identifier les autrices derrière le texte, ce qui accentuera l’effet magique de la lecture puisque les voix des artistes s’entremêlent et se font écho.

« Beauté lumineuse dans la nuit, cheveux d’épinettes enneigées, figure légendaire des nomades de la toundra : Tshishikushkueu (la femme de l’espace) s’habille et danse aux couleurs changeantes de l’aurore boréale. Son lait mêlé de sang fabrique l’aube des longs mois. Gracile et immense, elle place l’espace-temps dans l’harmonie et la justesse. »

© Extrait d’un microrécit dans Clairvoyantes

Dimension éditoriale intéressante : comme la maison d’édition Alto imprime l’ensemble de ses livres au Québec, elle a dû collaborer avec une entreprise imprimant des cartes à jouer puisque les imprimeurs de livre n’en produisent pas.

© Images de la maison d’édition Alto

Cette figure peut révéler un besoin de faire nid et une nécessité de revenir à nos origines, à notre creux, là où nous nous appartenons. Il faut prendre possession des lieux, décider comment on s’habite et qui peut nous habiter ou ce qui peut nous habiter.

© Extrait d’une interprétation dans Clairvoyantes

Version numérique

L’expérience web de Clairvoyantes est très instinctive. Une fois sur le site, l’utilisateur.ice peut appuyer sur l’icône « Comment jouer » pour obtenir tous les détails sur la procédure du jeu. Il ou elle peut aussi activer le son dans le coin droit de son écran et cliquer sur « Qui sont les Clairvoyantes » pour lire les biographies des créatrices du projet. Après avoir posé sa question à l’oracle, l’internaute doit ensuite peser sur « Tirer vos cartes », puis sur « Découvrez votre levée » ou sur « Tirez à nouveau » pour découvrir son tirage. Le défilement vertical lui permettra de découvrir, linéairement, ses cartes « Figure », « Lieu » et « Objet ». La pastille en bas à gauche de l’écran agit aussi à titre de repère. 

Le ou la lecteur.ice apercevra l’image de sa carte, suivie d’un segment audio. La comédienne Pascale Montpetit lit le passage se trouvant en dessous de l’extrait. Le principe reste le même pour le fragment interprétatif qui précède les mots-clés animés défilant horizontalement. Le récit se tisse ainsi, au confluent des histoires et des interprétations des trois cartes. 

La plateforme web est utile si l’on souhaite écouter les segments ou agrandir les caractères du texte. Il s’agit également d’une option permettant de déplacer facilement l’oracle avec soi. Elle offre aussi la possibilité de partager sa levée sur Facebook, Twitter, par URL ou par courriel. Sa version intégrale, payante, donne accès à l’ensemble des cartes, soit aux 3375 microrécits qui la composent. Il suffit de se créer un compte pour l’obtenir.

© Capture d’écran de l’œuvre

Titre : Clairvoyantes
Créatrices : Mélikah Abdelmoumen, Stéfanie Clermont, Hélène Dorion, Louise Dupré, Dominique Fortier, Marie-Andrée Gill, Karoline Georges, Véronique Grenier, Catherine Lalonde, Perrine Leblanc, Catherine Leroux, Chloé Savoie-Bernard, Élise Turcotte, Christiane Vadnais, Audrée Wilhelmy (direction éditoriale)
Photographe : Justine Latour, collaboration de Yona van Leeuwenkamp
Narration : Pascale Montpetit

Musique : Mykalle Bielinski
Réalisation de la plateforme : Deux Huit Huit
Lien vers le site de l’œuvre : ​​https://clairvoyantes.com/fr
Date de parution : 5 avril 2022
Maison d’édition : Alto
Pays de publication : Canada (Québec)
Type d’oeuvre : oracle littéraire, jeu littéraire
Support numérique utilisé : site web

4 Shares:
Vous aimerez aussi...
Couverture de la vidéo pour 60 pph
Lire plus

60 pph : 60 poèmes, 60 auteur.ices, 60 minutes

Présenté par le Tremplin d’actualisation de poésie, le recueil « 60 pph » rassemble une soixantaine de poèmes créés spécifiquement pour un support audiovisuel. À la rencontre de la vidéo et de la poésie, les oeuvres forment un assemblage hétéroclite de voix autour de la thématique de « ces lieux qui nous habitent ».
Lire plus

Pourquoi vivre, mais à quoi bon mourir ? dans All of Me – The Twine

Nominée au New Media Writing Award 2021, l’œuvre de Caroline Horton et Alex Swift, All of Me - The Twine, tire profit du média numérique pour proposer une expérience interactive et perturbante. Le lecteur ou la lectrice, interpellé.e à la deuxième personne, doit naviguer entre la dépression, l’impuissance et le désir de tout abandonner pour retrouver goût à la vie.