Le Novendécaméron regroupe 22 récits, essais, poèmes et images créés durant les confinements successifs de la pandémie mondiale de la COVID-19. Le projet reprend le flambeau de l’Heptaméron et du Décaméron, deux recueils de nouvelles datant respectivement du XVIe et du XIVe siècle. Le Décaméron met d’ailleurs en scène des personnages fuyant la réalité de la peste en racontant des histoires brèves. Dans le Novendécaméron, les textes variés décrivent des perspectives différentes sur la vie confinée et les manières de la repenser, la réinventer. Ils sont publiés numériquement sur ramures.org, la structure de publication numérique initiée par Chantal Ringuet et Jean-François Vallée.

Cette œuvre composite a aussi été le lieu d’échanges et de discussions prenant place sur les réseaux sociaux ou en vidéoconférence, occasion d’entretenir des liens sociaux durant les périodes de confinement. Sur la chaîne YouTube du Novendécaméron, l’on peut retrouver des entretiens entre écrivain.es et créateur.ices qui partagent leurs expériences et causent littérature. L’entreprise du Novendécaméron semblerait se poursuivre, alors qu’une mise en recueil numérique est annoncée pour l’automne 2021.

La page sur laquelle on peut lire le texte "Le saut des sauterelles" par Caroles Lévesque. Le titre apparait en haut, puis on voit une peinture représentant l'horizon. Ensuite, un enregistrement audio est suivi du texte.
Début d’un texte de Carole Lévesque mêlant écrits, peinture et enregistrement sonore

Ce que l’on voit en premier lorsqu’on accède au site web du Novendécaméron, c’est d’abord le titre, puis l’illustration de Carole Lévesque qui nous happe dans son univers dissonant, plat et grillagé. Chaque niveau de perspective est collé au même plan; ce qui devrait être un paysage devient un mur de traits. Cette illustration brillamment choisie accompagne le sous-titre de l’œuvre : « Écrire et créer à l’ère de la COVID-19 ». L’astérisque rouge qui termine la citation peut être cliqué, menant à une description du projet.

C’est en bas des clôtures dessinées à l’encre que se présentent les 22 segments qui nous sont disponibles, sous forme de table des matières, avec la mention de leur auteur.e. D’entrée de jeu, la collection ne distingue pas les récits brefs, les essais, les images et la poésie ; on ne sait pas ce qui nous attend en sélectionnant un des titres. Malgré la table des matières qui nous permet de sauter directement à une composition, les œuvres suivent une logique interne inspirée du recueil : suivant la lecture, on passe à la prochaine page contenant le texte qui s’offre à nous.

La page sur laquelle on peut lire le texte "Monologues du par Lafontaine (avril-octobre 2020)" par Élise Turcotte. Le titre apparait en haut, puis on voit une photographie représentant des canards dans un étang.
Début d’un texte d’Élise Turcotte avec une photographie prise par Lucie Bourassa
La page sur laquelle on peut lire le texte "«Il vient quelqu'un»" par Emmanuel Kattan. Le titre apparait en haut, puis on voit illustration représentant une multitude de visages tordus et mêlés desquels germent des racines. Ensuite, le texte commence.
Début d’un texte d’Emmanuel Kattan, présidé d’une illustration

L’organisation par page est d’un intérêt tout particulier. Chaque segment tient sur une seule page web de longueur variable. D’abord anodin, ce détail crée l’attente d’une uniformité finalement délaissée. Les premiers passages peuvent laisser croire que l’ensemble aura une structure stable et unique, mais rapidement le texte fait place à des images ou des formes inattendues. C’est d’ailleurs le cas pour le poème La Quatorzaine de Paris de Pierre Trouiller. Les vers sont organisés à la manière d’un journal, annoncés par des dates irrégulières. On saute parfois d’un jour à l’autre, parfois d’une semaine entière à une autre. Le texte est d’abord invisible. À mesure que l’on défile l’écran, celui-ci apparaît comme s’il surgissait tranquillement de l’arrière du site web. Cette génération du texte en décalage donne l’impression que celui-ci n’est pas écrit à l’avance, mais que c’est à mesure que le ou la lecteur.ice défile que les mots se forment tranquillement. La trame journalistique se mêle à cet effet de texte, traduisant un passage du temps imprévisible et sporadique.

La trable des matières du Novendécaméron, on y voit les titres des oeuvres suivis des noms des artistes qui les ont composées.
La table des matières à partir de laquelle on peut parcourir les œuvres
Quatre portraits, représentant des viages stylisés dessinés au fusain qui regardent vers leur gauche.
Une partie des «Portraits» par Nina Berkson

Les différent.es créateur.ices ayant travaillé sur l’œuvre impliquent aussi de la photographie, de la peinture et des enregistrements soit comme créations distinctes, soit comme accompagnement. On pensera notamment aux transpoèmes de Laure Gauthier, œuvres à la fois écrites et enregistrées dont le genre littéraire migre et se définit selon leur situation. Finalement, les styles et les formes confluent dans un ensemble hétéroclite et surprenant qui entretient un rapport de biais avec la vie confinée. Le Novendécaméron semble traduire l’incertitude pandémique, tout en s’opposant à la monotonie du quotidien cloîtré.

Titre: Le Novendécaméron
Créateurs: Nina Berkson / Nicole Brossard / Lucie Bourassa / Daniel Canty / Marie Céhère / Wah Wing Chan / Carine Chichereau / Alexander Dickow / Patrick Froelich / Laure Gauthier / Éléonore Goldberg / Robert Hébert / Sophie Jodoin / Emmanuel Kattan / Claude La Charité / Carole Lévesque / Sonya Malaborza / Catherine Morency / Katharina Niemeyer / C Pam Zhang par Kateri Lemmens / Elisabeth Recurt / Chantal Ringuet / Hélène Rioux / Pierre Trouiller / Élise Turcotte / Jean-François Vallée

Éditeur(s): Ramures.org, la structure de publication montréalaise initiée par Chantal Ringuet et Jean-François Vallée
Date de parution: 2021
Lien vers le site de l’oeuvre: https://novendecameron.ramures.org/
Type d’oeuvre: Site internet
Suppport(s) numérique(s) utilisé(s): site web

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