La scène du zine de Montréal est une réécriture du mémoire d’Izabeau Legendre, qu’il avait complété dans le cadre d’une maîtrise en études littéraires à l’Université du Québec à Montréal sous la direction de Michel Lacroix en 2019. L’auteur cherche, à travers cet ouvrage, à mettre de l’avant ce qu’il retrouve dans les zines et qui semble manquer à la littérature1 en adoptant une perspective sociologique et politique. Son travail contribue également à « la reconnaissance d’un milieu, de ses œuvres et de ses valeurs, indépendamment de ce qui les enferme dans les marges de telle ou telle partie de la production culturelle d’hier ou d’aujourd’hui2. »

[La] culture du zine rejoint ces phénomènes qui, comme l’Académie de la vie littéraire — mais également comme les scènes de poésie orale (micros ouverts ou micro-libres), l’édition numérique, ou la publication via les réseaux sociaux —, proposent des alternatives de plus en plus viables et influentes au livre et à la revue, et remettent en question, à l’intérieur même du champ littéraire, la vision traditionnelle de la littérature.

La scène du zine, p.13

Au premier chapitre, le chercheur présente l’organisation actuelle de la scène du zine de Montréal et le parcours type des zines, de leur production à leur archivage. Il évoque également la question de leur distribution à travers la « scène », qu’il définit comme « l’ensemble des espaces, des instances, des acteurs et des actrices participant à l’établissement d’une sphère d’activité dédiée aux zines à une échelle locale3». Il met aussi l’accent sur l’importance des acteurs institutionnels que sont Archive Montréal et la foire annuelle Expozine. Dans la deuxième section de ce chapitre, il analyse le travail de Philippe Gaumont, de Shushanna Bikini London, du collectif Les Bêtes d’hier et de Sara Hébert afin de montrer le rôle structurant que jouent les valeurs d’authenticité et de communauté (comme « mise en commun d’intimités séparées4) » dans le processus de valorisation des zines. S’y ajoutent les valeurs politiques associées à l’anticapitalisme, au féminisme, à la perspective queer ainsi que celles de la tradition Do It Yourself (DIY)5.

Dans le chapitre suivant, Izabeau Legendre dresse un portrait de l’histoire des zines en décrivant, entre autres, leur passage de publications périodiques à zines à édition unique. Il évoque la naissance de la scène au Québec en établissant certains liens avec la culture américaine et européenne, puis note l’évolution rapide du zine comme genre. Il montre aussi de quelles façons le champ se transforme, aux côtés de celui de la bande dessinée et de celui de la science-fiction. L’auteur témoigne également de l’influence de la culture punk, du livre d’artiste et des publications militantes sur le fanzinat et met en lumière des zinesters (les créateur.ices de zines) ayant eu un impact important sur son développement au Québec, soit Norbert Spehner, Richard Baillargeon, Julie Doucet et Louis Rastelli. 

Au troisième et dernier chapitre, Izabeau Legendre s’éloigne des aspects structurels et institutionnels pour présenter différents parcours individuels de zinesters. Il montre comment ces derniers composent avec la tension qui les incite soit à se rapprocher de la scène du zine et à ses valeurs, soit à se rapprocher de la production culturelle, associée à la légitimité. Il cherche aussi à exposer les influences extérieures qui définissent le zine et met de l’avant sa spécificité ainsi que les formes variées qu’il peut prendre dans la production d’aujourd’hui.

Sans moyens, le fanzinat ne disposerait d’aucun appui face à la culture dominante. C’est par ses communautés et ses institutions locales que la scène du zine peut être un espace de contestation culturelle et politique. Sans structure pour la faire durer dans le temps, toute culture alternative est vouée à s’effacer.

La scène du zine, p.194

Le fait d’éditer cet ouvrage chez l’Atelier universel de reproduction et d’assemblage (AURA), une maison d’édition indépendante « [i]nvestissant les possibilités matérielles et éditoriales du zine comme médium [5](p.172) », d’ajouter des images n’étant pas initialement dans le mémoire, d’opter pour un papier sérigraphié et d’être édité par Manuel Mineau (un acteur important de la scène du zine) témoignent des choix éditoriaux s’harmonisant avec le propos du chercheur.

Izabeau Legendre est actuellement étudiant au doctorat dans le programme interdisciplinaire de Cultural Studies de l’Université Queen’s, sous la direction de Julien Lefort-Favreau. Son projet de recherche porte dorénavant sur les politiques du zine à l’échelle internationale et s’intitule « Zine politics, 1930-2020. Self Publishing and The Politics of Culture ».

1 p.21
2 p.42
3
p.19
4
p.53
5
p.189

Legendre, Izabeau, La scène du zine de Montréal, Québec, AURA éditions, 2021.

Pour en savoir plus

© L’illustration principale a été prise sur le site d’Aude Fourest, l’une des créatrice du balado Le syndrome de la page colorée (http://audefourest.com/filter/podcast)

Auteur : Izabeau Legendre
Éditeur : AURA éditions 
Date de publication : 2021

Format : papier 
Lien: Vous pouvez écrire à universelatelier@gmail.com afin de réserver l’un des exemplaires.

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