Inclusi(·f·v·e·s). Le monde du livre et de l’écrit : quelles diversités ? est un ouvrage collectif récemment publié en France, en Belgique, en Suisse et au Québec dans la collection « Bibliodiversité » de La revue Bibliodiversité, les mutations du livre et de l’écrit. Co-édité par la maison d’édition Double ponctuation et par l’Alliance internationale des éditeurs indépendants, le numéro interroge la capacité d’inclusion du monde du livre et de l’écrit.

Partant des constats que la diversité n’est pas forcément au rendez-vous dans le secteur du livre, que moins de femmes y occupent des postes de décision malgré leur présence majoritaire dans les formations du métier, que très peu de structures éditoriales sont entièrement consacrées aux littératures LGBTQ+ et autochtones, que peu de publications donnent parole aux exclu.es socio-économico-culturel.les et que le milieu n’échappe pas – comme tous lieux de pouvoir effectif ou symbolique – aux « formes d’exclusion et de prédation qui s’observent partout dans la société », les divers.es auteur.ices posent la criante nécessité pour le monde du livre à se faire davantage représentatif, accueillant et inclusif pour tous.tes.

Au-delà de ces constats, les auteur.ices – dont Isabelle Boisclair, Barbora Baronová, Ritu Menon, Sophie Noël, Jean Richard, Lori Saint-Martin, Alain Sanzio et Daniel Sioui – proposent des solutions concrètes pour favoriser l’inclusion. Parmi celles-ci se retrouvent la mise en place d’un.e responsable de la représentation des genres (« gender editor ») au sein des équipes de rédaction. Ils et elles proposent aussi une gestion horizontale des librairies, des maisons d’édition et des revues féministes ou gaies et une traduction éthique et respectueuse libérée des impératifs commerciaux, juridiques et normatifs. À cela s’ajoute, entre autres, l’adoption d’une posture radicalement anticolonialiste, féministe et écologique, mais aussi la nécessité d’une profonde réflexion de la part des bibliothécaires et des libraires sur les conditions d’accueil des minorités et sur la bibliodiversité de leurs catalogues.

« ​​Avec le mot inclusion, que je salue, bonjour et merci à tous ces textes et ces intervenant·es qui nous donnent à lire tellement de parcours, si pleins, si diversifiés, nous avons devant nous plus qu’une revue, un mode d’emploi, un monde et la responsabilité de défaire et de refaire les langages qui nous ont toutes et tous humilié·es, reste à démêler dans ce chaos un combat pour le sens, une poétique du vivre ensemble, qui donneraient place à l’inclusion, quelle que soit la définition adoptée de l’inclusion. »

(Rodney Saint-Eloi, « Préface. Quelques fragments pour des échappées », dans Inclusi(·f·v·e·s). Le monde du livre et de l’écrit : quelles diversités ?, p.11)
Captures d’écran tirées des chapitres « Femmes et genre », « LGBTQ+ » et « Autochtones » dans la version numérique d’Inclusi(·f·v·e·s). Le monde du livre et de l’écrit : quelles diversités ?, p.25, 145, 103 et 83.

De plus, tout au long de l’ouvrage sont convoquées nombre d’initiatives inclusives positives déjà existantes tirées tant des espaces francophones (Belgique, Canada, France, Maroc, Suisse) que des pays comme le Chili, l’Espagne, l’Inde et la République tchèque. Qu’il s’agisse de la Librairie féministe l’Euguélionne à Montréal, du Salon du livre des Premières Nations au Québec, des éditions Women Unlimited en Inde ou des éditions d’en bas en Suisse, l’ensemble des exemples tirés du numéro permettent non seulement d’approfondir la question fondamentale de ce qu’est l’inclusivité, mais aussi de creuser de nombreuses autres interrogations sous-jacentes à leur réflexion commune. Par exemple : comment mesure-t-on l’inclusivité et quelle est son utilité dans le monde du livre et de l’édition ?  Pourquoi le monde du livre et de l’écrit doit-il se diversifier et être plus inclusif alors qu’il repose forcément sur un processus de sélection ou d’exclusion ? Qui inclure et où inclure ?  Quel rôle joue l’inclusion dans une optique de bibliodiversité ? Quel est l’intérêt à faire usage de la diversité comme argument marketing ? N’assiste-t-on pas à l’idéologie de l’inclusion où celle-ci serait employée de manière dévoyée ou abusive ? En quoi l’inclusion se distingue-t-elle des mots intégration, insertion, égalité et équité ?

À cette dernière question, Étienne Galliand – cofondateur de l’Alliance internationale des éditeurs indépendants en 2002, directeur des éditions Double ponctuation et directeur de publication de la revue Bibliodiversité –  précise ce qu’il entend par la notion d’inclusion :

« La notion d’inclusion que nous utiliserons ici se démarque clairement des concepts d’intégration et d’insertion – très marqués par le champ social, voire par des politiques publiques du même nom. Forcément multiforme, l’inclusion renvoie à un potentiel sociologique et humain bien plus large. Dans ce titre de la revue Bibliodiversité, elle désigne la participation, l’implication, l’appropriation par des groupes et des personnes minorées de/par la société (quelles que soient les raisons de leurs positions périphériques), des processus de création, de publication et de diffusion des livres et des textes imprimés. Cette « chaîne du livre inclusive pour toutes et tous », en quelque sorte, concernerait autant les auteurs et autrices que les éditeurs et les éditrices, que les lecteurs et les lectrices – et constituerait un bon indicateur du niveau de bibliodiversité d’un écosystème éditorial et littéraire donné. »

(Étienne Galliand, « Les sens de l’inclusion. Pourquoi le monde du livre et de l’écrit doit se diversifier », Inclusi(·f.v.e.s). Le monde du livre et de l’écrit : quelles diversités ?, p.15-16).
Captures d’écran tirées des chapitres « Femmes et genre », « Autochtones », « LGBTQ+ » et « Groupes sociaux-économiques exclus », dans la version numérique d’Inclusi(·f·v·e·s). Le monde du livre et de l’écrit : quelles diversités ?, p.23, 101, 143 et 209.

Ainsi, l’inclusion étant lui-même un mot polysémique et un phénomène multiforme, la démarche du livre Inclusi(f·v·e·s) s’inscrit volontairement dans un angle pluraliste – et parfois même transversal. Respectant avant tout la volonté des auteur.ices en matière d’écriture inclusive et de féminisation des textes, l’ouvrage présente une multiplicité d’entrées sur le sujet en proposant quatre rubriques thématiques : la rubrique « Femmes et genre » où sont regroupés des témoignages et des textes critiques dans une perspective féministe ; la rubrique « Autochtones » où sont interrogées les pratiques éditoriales et auctoriales actuelles, ainsi que la maigre place qu’occupent les membres des Premières Nations dans le monde du livre et de l’écrit ; la rubrique « LGBTQ+ » où les auteur.ices reviennent sur l’histoire contemporaine de l’imprimé gai et lesbien en France et au Québec pour montrer comment la visibilité et la présence des membres LGBTQ+ permet de mesurer la réalité d’une véritable diversité dans les structures de production actuelle de contenus écrits ; puis la rubrique « Groupes sociaux-économiques exclus » qui jette un regard critique sur les possibilités réelles de l’inclusion, étant compris que ce sont parfois des groupes entiers qui sont absents du monde du livre, tels que les personnes les plus défavorisées ou issues de l’immigration. Ce dernier angle d’approche montre, entre autres, que le livre peut être un outil d’oppression pour les groupes minorés ou marginalisés, mais peut également être au service des luttes sociales et économiques de ces groupes.

Le livre Inclusi(f·v·e·s). Le monde du livre et de l’écrit : quelles diversités ? est actuellement disponible dans toutes les librairies indépendantes en version papier ou numérique. 

La version papier utilise les codes QR pour citer les sources. Elle présente aussi une mise en page colorée et dynamique.

Titre : Inclusi(f·v·e·s). Le monde du livre et de l’écrit : quelles diversités ?
Revue : La revue Bibliodiversité, les mutations du livre et de l’écrit 
Collection : Bibliodiversité 
Auteur.ices : Barbora Baranová, Justine Bouzid, Lénaïg Bredoux, Isabelle Boisclair, Patrick Charaudeau, Sol Derrien, Ariane Des Rochers, Fatima Farradji, Éva Fernández, Étienne Galliand, Yannick Geens, Marie-Hélène Jeannotte, Fabienne Le Hein, Christine Lemoine, Ritu Menon, Karima Neggad, Sophie Noël, Pierre Pascual, Louis-Karl Picard-Sioui, Luc Pinhas, Manuel Retamal, Jean Richard, Karine Rosso, Rodney Saint-Éloi, Lori Saint-Martin, Alain Sanzio, Alfonso Serrano, Éva Sinanian, Daniel Sioui, Camille Toffoli et Marianne Vérité
Date de parution au Québec : 2 mai 2022 
Maison(s) d’édition : Double ponctuation et Alliance internationale des éditeurs indépendants 
Nombre de pages : 253 pages 
ISBN (papier) : 9782490855261
ISBN (Epub) : 9782490855278
Fiche de l’éditeur : https://www.double-ponctuation.com/produit/inclusif%c2%b7v%c2%b7e%c2%b7s/ 
Diffuseurs et distributeurs : CEDIF / POLLEN / Numilog / Dimedia (Québec/Canada)
Pour achat dans les librairies indépendantes : leslibraires.frlibrest.com, librairies-nouvelleaquitaine.com, leslibraires.ca, librel.be

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